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La réforme des retraites, un projet antisocial

  • Photo du rédacteur: Equipe du Nanterre Express
    Equipe du Nanterre Express
  • 20 janv. 2023
  • 4 min de lecture

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron avait annoncé son projet de reculer progressivement l’âge de la retraite. Promesse tenue par le président : ce mardi 10 janvier, la première ministre Elisabeth Borne a présenté la réforme des retraites. S’en est suivie dans la soirée, la réponse des syndicats annonçant la date d’une première manifestation. Ils souhaitaient que cette dernière « donne le départ d’une puissante mobilisation sur les retraites dans la durée ». La grève qui s’est manifestée ce jeudi 19 janvier dans toute la France, fut un événement inédit. En effet, si le projet gouvernemental d’Emmanuel Macron fut tant blâmé, il peut avoir la fierté d’avoir réuni l’ensemble des huit syndicats nationaux. Une première depuis 13 ans !





En quoi consiste cette réforme ?


Le report de l’âge légal de départ à la retraite ne se fera plus à 62 ans mais 64 ans, avec une accélération de la durée de cotisation. À compter du 1er septembre 2023, l'âge légal va être relevé d'un trimestre chaque année pour atteindre 64 ans en 2030.


Cette réforme touche tous les travailleurs et travailleuses, notamment ceux qui ont commencé à travailler tôt. Ils représentent souvent la partie de la population la plus précaire et dont la pénibilité des métiers n’est pas reconnue à sa juste valeur. Cette réforme, qui devrait être appliquée à partir de 2030, risque véritablement d’aggraver la situation de précarité d’un grand nombre de français. Ainsi, la durée de cotisation pour profiter d’une retraite à taux plein sera définie à 43 ans, et cela dès 2027. De plus, l’âge de la retraite à temps plein (sans décote) restera fixé à 67 ans. Afin de financer le système des retraites, les entreprises se verront payer une contribution. Celle-ci devrait être contrebalancée par une baisse de leur cotisation au régime des accidents du travail.


Plusieurs dispositifs seront gardés avec des aménagements comme celui des « carrières longues ». Mais quel est ce dispositif ?


À partir de 2030, tous ceux qui auront commencé à travailler avant 16 ans pourront être à la retraite à 58 ans. Ceux ayant commencé à travailler entre 16 et 18 ans pourront partir à 60 ans, et ceux entre 18 et 20 ans, à 62 ans. Outre cela, ce dispositif prendra en compte l’arrêt de travail pour élever les enfants.


Il est précisé que certains départs anticipés seront possibles lorsque l’individu est considéré comme « invalide », « en incapacité » ou « en situation de handicap ».




Une veste trop vite retournée ?


En 2019, Emmanuel Macron pose la question rhétorique : « Est-ce qu’il faut reculer l’âge légal qui est aujourd’hui à 62 ans ? ». À l'époque, il répond tout simplement par : « Je ne crois pas ! ».


Propos ironiques avec la situation actuelle. En effet, il argumente en précisant qu’il s’était engagé (pendant sa première campagne) à ne pas reculer l’âge légal. Pour enrichir ses propos, il ajoute que, tant que le problème du chômage en France n'est pas résolu, « ça serait assez hypocrite de décaler l’âge légal ».


Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec une nouvelle réforme qui n’est pas du tout en osmose avec ses déclarations et provoque de la colère chez la population et tous les syndicats français.




Retour sur la mobilisation syndicale…


Ce jeudi 19 janvier a pris place, entre place de la République et place de la Nation, le mouvement social contestant la réforme des retraites. Appelée par l’intersyndicale, c’est-à-dire l’union des syndicats les plus importants, parmi lesquels on retrouve la CGT, la CFDT, Solidaires ou encore FO, la manifestation était prévue pour 14h, départ République, direction Nation.


En raison de la forte affluence, les organisations les plus éloignées dans le cortège, notamment les différentes divisions départementales de la CGT, se sont retrouvées bloquées pendant plus d’une heure au point de départ : la place de la République était “noire de monde”.



Il faut souligner l’ampleur extraordinaire qu’a pris le mouvement, atteignant les 400 000 personnes mobilisées à Paris et environ deux millions à l’échelle nationale selon les chiffres de la CGT. Le ministère de l’Intérieur, quant à lui, dénombre un rassemblement de 80 000 manifestants à Paris - chiffre qui peut être questionné par les personnes ayant vécu l'événement sur place, dans les bains de foule.


En outre, n’oublions pas la portée intergénérationnelle de la mobilisation : beaucoup de jeunes ont répondu présent, prêts à « défendre leurs vieux ». Les travailleurs, directement concernés par cette « réforme Macron » marchent évidemment aux côtés de ces étudiants remontés, tout comme certains retraités, venus apporter leur soutien aux générations futures.



Plus spécifiquement, au niveau de l’université de Nanterre, l’UNEF avait sa place dans le cortège, tout comme l’Alternative ou les Jeunes écologistes.



Tout au long de l’après-midi, il était possible de voir des pancartes de protestation, certaines incisives, d'autres plus humoristiques, mais toujours dénonçant la même chose: cette réforme des retraites dont personne ne veut.




D’autres manifestants, plus aventureux, ont donné dans l’action symbolique et parfois spectaculaire : certains montent sur les feux de signalisation, d’autres grimpent sur des arrêts de bus, d’autres encore escaladent la statue de la Place de la Nation.




La plupart des manifestants témoignent d’une manifestation plutôt paisible, même si les plus avancés dans le cortège ont eu une fâcheuse surprise en arrivant sur la place de la Bastille : une étudiante raconte s’être retrouvée prise entre deux feux : les CRS d’un côté et les Black Bloc de l’autre. Les policiers ont gazé, envoyé des bombes lacrymogènes sur la foule pour séparer le cortège en deux, empêcher les manifestants d’avancer alors que les forces de l’ordre cherchaient à stopper les destructions de biens publics.


D’autres étudiants de Nanterre expliquent qu’ils se tenaient informés des évènements de la mobilisation et, de ce fait, ont pu éviter de se retrouver dans cette situation délicate, se trouvant plus en arrière dans le cortège. « Dans ces cas-là, le mieux c’est d’aller dans les rangs des organisations qui disposent d’un service d’ordre, ils font attention aux personnes suspectes », nous conseille une manifestante.



Le mouvement s’est achevé sur les coups de 20h pour les organisations syndicales. Une manifestation est reconduite pour le 31 janvier, alors que le calendrier du gouvernement affiche la présentation du projet de loi de réforme des retraites en Conseil des ministres le 23.



Le 20/01/2023, par Enora Christoph et Raphaël Baumann



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