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Le sexe, un idéal social ou personnel ?

  • Photo du rédacteur: Equipe du Nanterre Express
    Equipe du Nanterre Express
  • 18 févr. 2023
  • 9 min de lecture

Pour tous.tes ceux.elles qui n’ont toujours pas réussi à trouver leur moitié et qui s’agacent d’être seul pendant ces temps hivernaux, ou, tout simplement, pour celles et ceux qui n’arrivent pas à trouver le partenaire idéal au lit, nous allons tenter de relativiser certaines situations qui sont parfois douloureuses, mais assurément éphémères. Nous allons essayer de prendre du recul sur nos angoisses liées au sexe et à l’amour.



Faire l'amour est presque devenu une obligation, une injonction et parfois une performance. Difficile à vivre pour ceux qui rament pour trouver un.e partenaire ou qui redoutent leur première relation sexuelle par crainte du regard de l’autre ou de ne pas être à la hauteur. Les humains ne sont pas les seuls à avoir des relations complexes : les animaux, en matière sexuelle, ont aussi parfois des comportements étranges, nous en verrons quelques exemples assez surprenants.


Notre objectif est d’apporter ici une perspective différente de la vision du sexe et de l’amour. Par exemple, l’amour n'est-il pas plus beau lorsqu’il est impossible ? Vaste question à laquelle nous donnerons des éléments de réponse.




Les bienfaits d’une sexualité épanouie


Nous avons tous.tes déjà entendu quelque part que le sexe était une activité bénéfique pour notre santé, que faire l’amour était bon pour le moral et pour maintenir notre corps en bonne forme physique. Mais quels sont vraiment tous ces bénéfices pour notre corps ?

D’après de nombreuses études, il est maintenant incontestable que le sexe peut contribuer bénéfiquement à notre santé physique et morale. De ce fait, c’est le plaisir et particulièrement l’orgasme qui peuvent avoir des bienfaits sur notre santé psychique. En effet, pendant l’acte sexuel des hormones vont être sécrétées, ce qui va jouer un rôle d’antidépresseur ou même de tranquillisant. En outre, le désir sexuel et le contact physique provoquent globalement une sensation de bien-être.


Une sexualité épanouie est synonyme de confiance en soi, puisqu’on prend du plaisir à être désiré.e. De plus, le fait de donner du plaisir à notre partenaire, nous rend heureux et nous met donc dans une atmosphère mentale positive.


En dehors des mauvais jeux de mots, le sexe est une activité physique qui peut nous maintenir en bonne santé physique. A tous ceux qui souhaitent perdre du poids, 10 minutes de sexe correspondraient à une perte d’environ 50 calories. Plus la peine de se prendre la tête avec un abonnement à la salle…


Faire l’amour permet aussi d’éliminer certaines toxines et de libérer des endorphines, aussi appelées « hormones du bonheur » car elles procurent du plaisir grâce à une sensation anxiolytique, antalgique et relaxante. L’effet de l’endorphine permet d’atténuer la douleur de la migraine ainsi que de diminuer le stress. Certaines études ont même montré que le sexe pouvait réduire le risque de cancer, comme celui de la prostate. Cela s’explique principalement par des éjaculations fréquentes.


En plus de tous ces bienfaits physiques, faire l’amour pourrait avoir de réels effets bénéfiques sur la pression artérielle et donc sur le cœur. Ajouté à cela, il a été démontré que le sexe pouvait améliorer le sommeil grâce à la production d’ocytocine et de mélatonine pendant l’acte. Aussi étrange que cela puisse paraître, le sexe permettrait d’améliorer la mémoire grâce à une stimulation de la production des neurones.




Le sexe, un idéal encore tabou dans notre société


Le sexe s’est transformé en acte social où se produit un échange de plaisir ou d’affection (bien sûr lorsqu’il est consenti). Et tout au long de notre histoire, la société a eu un regard différent sur le sujet. Il y a eu des périodes de « libération sexuelle », comme après mai 1968, mais aussi d’autres avant, bien plus puritaines. Cependant, le sexe reste encore actuellement un tabou dans notre société.


Carmen Lili, 22 ans, étudiante à l’université Paris Nanterre :

«Le sexe a été tabou pour moi pendant un moment, notamment de part mon éducation mais j’ai réussi à faire la paix avec ma sexualité, que je pensais presque déviante, vu qu’on parlait pas tellement de ça. Sans compter la sexualité des femmes qui est regardée d’un œil un peu différent et souvent mauvais. »

Elle ajoute qu’en plus d’avoir été un tabou, son orientation sexuelle, souvent difficile à définir quand on est jeune, suscite encore de nombreuses réflexions : « On me dit toujours que j’ai les mêmes comportement sexuels qu’un homme. »


Le regard sur le sujet du sexe s’explique vraisemblablement par notre culture et plus précisément d’où l’on vient. Avant tout, cela reste quelque chose de très personnel, comme l’expliqua Carmen : « C’est le secret de tout le monde. »


Un étudiant de 26 ans retorque que dans sa famille : « La question du sexe n’a jamais été traitée, jamais, jamais, jamais ! » Et que selon lui, il sent que par rapport à certains de ses contemporains, « le sexe est un sujet qui est pour moi, un peu plus grave et je le prends avec moins de légèreté que les autres ».


Et pourtant, paradoxalement, il est devenu un fondement même de notre société, on peut même dire qu’il s’est transformé en un « objectif vital ». Qu’il soit tabou ou non pour certains, la sexualisation se retrouve partout : le cinéma, la mode, la publicité, internet etc. C’est une véritable référence dans notre société actuelle. Ainsi, la sexualisation est devenue un phénomène presque normal et précoce chez les jeunes. On a même remarqué une « hypersexualisation » chez certains enfants, entre 6 et 12 ans, confronté.es de plus en plus tôt à la pornographie.


Cela s’explique principalement par une sorte « d’obligation sexuelle » puisque le sexe est omniprésent dans notre société. On peut prendre l’exemple des publicités, des films et de la musique où la sexualisation constitue un élément central. Le problème n’est pas vraiment la présence de sexe mais la façon dont il est représenté. En effet, il apparaît trop souvent de façon peu réaliste et très éloigné de la vraie vie. Ce qui conduit à une obligation. Cela amène donc la population à accorder une importance excessive au sexe, malgré les tabous présents au sein de la société. Et ce n’est pas difficile de l’observer, si nous prenons l’exemple des adolescents avec l’importance démesurée accordée au fait d’être encore vierge ou pas, ou encore naturellement l’anxiété que l’on peut ressentir face aux attentes d’un partenaire.


Il apparaît que le sexe peut donc créer parfois une situation toxique dont il faut faire attention et prendre avec du recul.




Faire l’amour comme des « bêtes sauvages »… ou pas ?


Faire l’amour a plein de bienfaits mais reflète aussi un plaisir mortel chez divers êtres vivants. Certains animaux meurent d’épuisement, décèdent après la reproduction ou même se font dévorer pendant l’acte sexuel. Voici quelques situations où désirer sexuellement n’est pas forcément réjouissant.


Le désir mortel et frénétique de l’antechinus


Ce sont des petits marsupiaux qui ressemblent à une souris. Ils ont la particularité d’avoir une sexualité très étrange. L’accouplement chez ce petit être représente une grande partie de sa courte vie. En effet, après 10 mois, le mâle atteint une taille adulte et une certaine maturité sexuelle. A partir de cet âge, son seul dessein est de trouver une femelle qu’il pourra féconder. Pendant 2 semaines, ces marsupiaux sont destinés à trouver un partenaire et copulent pendant des heures, jusqu’à l’épuisement. L’antechinus a donc un comportement complètement suicidaire dès lors qu’il cherche à copuler. Et cela s’explique par un enchaînement : les testicules augmentent considérablement de volume, entraînant une surproduction de testostérone qui va ainsi générer en trop grande quantité du cortisol, l’hormone du stress.


Antechinus - image libre de droit


Le cannibalisme sexuel de la mante religieuse


C’est l’un des insectes qui est spécialement connu pour son cannibalisme. En effet, la femelle, plus grande de 2 à 3 cm que le mâle, peut dévorer la tête puis le corps entier de son partenaire sexuel. Cependant, cela ne se produit pas à chaque fois, il faut que la femelle ait faim pendant l’accouplement. Le mâle peut d’ailleurs continuer à s’accoupler pendant quelques secondes après s’être fait déchiqueter la tête, grâce aux nerfs de son abdomen.



La veuve noire et son dimorphisme sexuel


De nombreuses araignées, dont la veuve noire, sont cannibales et font du mâle leur festin pendant la reproduction. C’est le même cas que pour la mante religieuse, cela n’est pas systématique et dépend de l’appétit de la femelle. Ce cannibalisme s’explique principalement par un dimorphisme sexuel entre le mâle et la femelle. La veuve noire femelle possède des glandes et des crochets à venin bien plus développées que le mâle. De ce fait, il est facile pour la femelle de tuer le mâle.



La reproduction des abeilles, un suicide collectif


Durant les 3 premiers jours, la reine ne peut pas voler. Pour se reproduire avec un mâle ou un faux bourdon, elle doit attendre au moins le cinquième jour pour pouvoir voler et repérer les lieux propices à l’accouplement. En effet, les mâles ayant atteint leur maturité sexuelle, se rassemblent en un même point spécifique où ils bourdonnent et volent afin de se faire remarquer par des reines. La femelle doit obligatoirement savoir voler puisque la reproduction ne s’effectue qu’en plein air. Le mâle s’accroche à la reine en plein vol avec ses pattes, afin de positionner son appareil reproducteur de la meilleure des manières. Par la suite, le mâle meurt après s’être accouplé en laissant son organe reproducteur dans l’abdomen de la femelle. A noter qu’il faut en moyenne 15 à 18 mâles pour féconder une reine. C’est donc grâce à une reproduction collective et suicidaire que la reine remplit sa spermathèque, un stock d’environ 6 millions de spermatozoïdes de différents mâles. Ainsi, cela permet à la reine de pondre toute sa vie et de maintenir l’existence d’abeilles au sein de sa ruche.


Le suicide programmé de la pieuvre après l’accouplement


Chez la pieuvre, et comme presque chez tous les céphalopodes, la reproduction n’a lieu qu’une seule fois au cours du cycle de leur vie. En effet, après la ponte des œufs, la femelle se laisse mourir de faim. Chez les mâles, c’est à peu près le même processus, dès qu’ils ont atteint leur âge maximal programmé, ils cessent de manger et meurent après 1 an / 1 an et demi d’existence.




L’amour ne serait-il pas plus beau lorsqu’il est impossible ?


Et l‘amour dans tout ça ? L’amour ne serait-il pas plus beau lorsqu'il est impossible ? Là est une réflexion intéressante sur laquelle nous avons souhaité nous pencher. L’amour, qu’il soit impossible ou non, peut être passionné et intense mais peut aussi être source d’angoisse et de malheur.


Mais comment retirer du bon dans une situation qui semble nous priver totalement de bonheur ?


L’amour, selon Proust, peut être considéré comme un sentiment éphémère et qui finira tôt ou tard par nous rendre malheureux. Tandis que l’amour impossible, lui, peut être plus fort en raison des obstacles et maintient donc l’intensité des sentiments.


Proust a fait un plan tripartite du malheur amoureux pour éclairer cette idée :


  1. On aime ce que l’on ne possède pas.

  2. Nous devons nos amours à nos souffrances, et nos souffrances à nos angoisses.

  3. On cesse de désirer ce que l’on croit impossible de perdre.


De plus, la souffrance amoureuse peut être source de progression personnelle et d’une profonde introspection de soi. Ce concept, de ne plus désirer quelque chose que l’on pense impossible de perdre, confirme l’hypothèse de Proust qui estime que la nature est changeante et que les sentiments sont volatiles.


De nombreux exemples d’amours impossibles existent à travers la littérature. L’un des plus connus est l’amour de Roméo et Juliette qui portaient l’un pour l’autre une dévotion amoureuse et passionnée. Malgré les obstacles de leur amour interdit, l’intensité de leurs sentiments leur a permis de dépasser toutes les barrières sociales, politiques, familiales et de prendre des risques extrêmes par amour.


Nous pouvons aussi prendre l’exemple de la légende du Moyen-Âge, célèbre histoire d’amour impossible entre le chevalier Tristan et la princesse Iseult. Venant de pays différents et fiancés à d’autres personnes, malgré les obstacles, la rivalité entre leurs pays distinct et leurs obligations politiques, leur amour a persisté et est devenu plus fort.


Il y a beaucoup d’autres histoires d’amour impossible qui montrent véritablement que la force de l’amour dépasse tous les empêchements sociaux, politiques, culturels et qu’il s’intensifie.

  • Anna Karenine et Vronski dans le roman « Anna Karénine » de Tolstoï

  • Layla et Majnun, dans la poésie arabe

  • Remedios La Belle et Aureliano Buendia dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez

  • Siddhartha et Kamala, dans le livre « Siddhartha » de Hermann Hesse

  • Paolo et Francesca, dans « La Divine Comédie » de Dante


L'amour impossible anime la flamme et si un protagoniste tente de la freiner, celle-ci prendra au contraire bien plus d’envergure et d’intensité.


On a tendance à vouloir toujours franchir les limites qui nous sont imposées. Comme si nous allions nous laisser faire par des règles que nous n’avons pas consenties. Et puis parfois aussi, c’est ce « en dehors des règles » qui nous attire, franchir l’infranchissable, devenir marginal au profit de l’inconnu. Parce que franchir demande du courage et anime l’excitation, parce que franchir c’est aussi se rendre compte qu’on peut contrôler nous-mêmes les soi-disant règles, parce que franchir c’est s’affirmer.


"L'amour impossible est celui qui brûle le plus, même s'il ne peut pas être consumé" - Oscar Wilde



En matière de sexe comme ailleurs, gardons notre esprit critique et notre libre arbitre. Il faut, d’une certaine mesure, prendre du recul sur les influences de notre société et des discours ambiants. Faisons-nous confiance et faisons confiance à l’autre. Osons exprimer nos désirs et nos craintes sans complexes ni tabous et apprenons à laisser du temps au temps.


Si vous avez quelconques questions sur l'avortement, la contraception ou la sexualité, vous avez désormais la possibilité d'appeler le 0 800 08 11 11. L'appel est anonyme et gratuit.



Ecrit le 13/02/2023, par Raphaël Baumann



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