Le foie gras : une recette immorale ?
- Equipe du Nanterre Express

- 28 déc. 2022
- 3 min de lecture
Nous sommes en pleines fêtes de fin d’année, et le foie gras fait très souvent surface autour d’un repas de famille. Entre débats sur les goûts de chacune et de chacun, le résultat est fréquemment le même : le foie gras se retrouve sur la table.

En 2019, selon le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG). la production française de foie gras était de 18,818 tonnes.
Pour ce faire, le foie gras passe par une étape de gavage de l’animal. Le principe même du gavage est de rendre un animal malade, en lui faisant ingérer de la nourriture de force. Et ce n’est pas anodin si cette méthode, utilisée pour produire cette spécialité culinaire, est formellement interdite dans de nombreux pays du monde. Cependant, dans notre douce France, le gavage d’oie ou bien de canard est un passage indispensable à la production de foie gras.
Mais comment fait-on le foie gras ?
La production de foie gras passe, malheureusement souvent, par plusieurs étapes comme le sexage, le broyage, le gavage ou bien même par des maladies mortelles pour l’animal (comme la stéatose hépatique). Nous avons là une triste réalité derrière les belles techniques de marketing des fêtes de fin d’année.
Chaque année, 41 millions de canetons trouvent la vie afin de servir à la production de foie gras en France.

Les élevages passent dans un premier temps par un tri des canetons. L’objectif est de différencier les sexes pour garder seulement les mâles. Ces derniers sont donc gavés, tandis que les femelles seront gazées ou bien broyées. Elles ont au moins l’embarras du choix…
Par la suite, les canards sont élevés en semi-liberté à partir de leur 40e jour jusqu’au 80e. Pour la plupart d’entre eux, ils sont ensuite enfermés en cage de batterie.
Vient ainsi la fameuse étape du gavage, dont tout le monde entend régulièrement parler. Mais savez-vous comment cela passe-t-il réellement ? C’est avec un tube de 25 cm que les éleveurs gavent les pauvres bêtes pendant 10 à 14 jours. La plupart du temps, durant cette période de gavage intensif, les canards sont entassés au sol sous une grille amovible. Cette suralimentation forcée provoque de graves maladies et tue, en moyenne, 1 million de canards par an.
Si par chance, ils survivent au gavage, ils sont tout de même amenés à l’abattoir puis reçoivent une décharge électrique avant d’être égorgés.
Après toute cette turpitude, on extrait de leur cadavre leur foie, souvent atteint d’une stéatose hépatique et d’une taille 6 à 10 fois supérieur à la norme.
La santé des animaux, trop souvent oubliée
Après l’étape du gavage extrême, les oiseaux subissent de fortes diarrhées ainsi que de l’hyperventilation. En effet, le fonctionnement de leur foie est complètement déréglé, et ils peinent par la suite à réguler la température interne de leur corps. Les quantités excessives provoquent aux oiseaux, une maladie du foie, la stéatose hépatique. Le volume du foie augmente d’un facteur de 10 et entraîne ensuite des complications respiratoires et locomoteurs. Pour comparer, les oiseaux sous gavage intensif ont une mortalité de 7 à 20 fois plus élevée que ceux non gavés.
Et le foie gras en France ?
Selon une étude de l’association L214, 6 français sur 10 estiment qu’il est préférable d’interdire le gavage. Malgré les nombreux constats de souffrance animale, nos éleveurs français pensent différemment. Ils rétorquent que la technique de gavage utilisée est tout aussi naturelle que le stockage de graisse chez ces oiseaux.

Mais existe-t-il une loi qui protège les animaux contre la violence en France ?
Il en existe une, elle n’est cependant pas pour autant respectée. La directive du 20 juillet 1998 concernant la protection des animaux dans les élevages, relève que :
« Les Etats membres doivent prendre les dispositions pour garantir le bien-être de leurs animaux domestiques ou détenus à des fins agricoles et s'assurent que lesdits animaux ne subissent aucune souffrance inutile »
Il ne semble pas y avoir de consensus entre cette directive et les éleveurs… De plus, d’après l’arrêté du 25 octobre 1982, il est précisé que l’élevage ne doit entraîner quelconques souffrances qui pourraient être évitables. Il est aussi écrit que les éleveurs doivent respecter une quantité d’alimentation saine avec un intervalle approprié pour ainsi maintenir les animaux en bonne santé.
Le gavage intensif est une méthode controversée. Si elle n’est pas illégale en France, elle est belle et bien immorale. Il faudrait donc songer à opter pour des élevages sans gavage, ou bien, privilégier des alternatives. Par exemple, le foie gras végétal, certes moins bon, mais un plaisir gustatif vaut-il plus que la souffrance animale ?
Telle est la question, libre à chacune et chacun de penser ce qu’il veut.
(A prendre en compte que le canard, lui, ne peut pas donner son avis…)
Le 26/12/2022, par Raphaël Baumann
Références
Photo de couverture : image libre de droit de Sébastien Arsac


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