« Justice Malade » : grève inédite des magistrats
- Equipe du Nanterre Express

- 28 nov. 2022
- 4 min de lecture
Ce mercredi 15 décembre une vingtaine d’organisations syndicales de la justice française organisaient une journée inédite de mobilisation nationale interprofessionnelle pour la justice.

Les professionnels de la justice se rassemblent devant le ministère de l’économie et des finances afin de demander plus de moyens financiers dans le cadre de la journée de mobilisation nationale interprofessionnelle pour la justice. Paris, France, 15/12/2021.
ANDREA OLIVEIRA / HL
Le 24 novembre neuf magistrats de terrain publiaient une tribune dans Le Monde, signée par plus de la moitié des juges, afin de dénoncer des charges de travail trop importantes ayant conduit notamment au suicide d’une de leur collègue. En conséquence, ce mercredi 15 décembre les professionnels de la justice française organisaient une journée inédite de mobilisation nationale interprofessionnelle pour la justice.
C’est la première fois que l’union syndicale des magistrats (USM), jusqu’ici opposée au droit de grève de la magistrature, appelle à la grève et ce avec le soutien d’une vingtaine d’organisations syndicales et même, fait historique, celui de la Cour de cassation et du Conseil Supérieur de la Magistrature. Toutes les audiences qui étaient prévues ce mercredi, excepté les urgences, sont donc renvoyées à des dates ultérieures.
« Les professionnels de la justice sont à bout de souffle »
La mobilisation pour la justice est principalement due à la tension que subissent les magistrats et greffiers dans leur quotidien. Un fort manque d’effectifs se fait sentir ce qui oblige ces derniers à déborder sur leur temps libre et ils n’ont « plus de vie personnelle, plus de weekend, plus de vacances, plus de soirée ». « Les professionnels de la justice sont à bout de souffle », chacun effectue d’innombrables heures supplémentaires, de 50 à 70h d’après Céline Parisot la présidente de l’USM, qui pour la plupart ne sont pas payées. Ce qui « Rien qu’à Paris, représente une économie de sept équivalents temps plein », s’insurgeait le secrétaire général de la CGT justice Cyril Papon auprès de Ouest-France.
A cela, s’ajoute l’obsolescence du matériel informatique et des logiciels qui freine le travail de tous et pèse sur les travailleurs, mais aussi les dossiers difficiles de meurtres, viols, divorces, etc. Si bien qu’Émilie Couard, greffière au service de l’instruction au tribunal judiciaire de Paris, vit « un quotidien qui est pesant » tout en étant « payée une misère » (le salaire d’un greffe est de 1610 euros nets en début de carrière et 2500 à la fin).

Magistrates mobilisées pour demander plus de moyens financiers dans le cadre de la journée de mobilisation nationale interprofessionnelle pour la justice. Paris, France, 15/12/2021.
ANDREA OLIVEIRA / HL
« La justice est lente »
D’après Émilie Couard, si le fait que « le nombre de dossiers ne cesse d’augmenter et le nombre d’effectif ne cesse de réduire » influe sur la vie de la justice, « cela impacte aussi les justiciables ». Il est désormais concevable d’attendre 2 ou 3 ans pour un jugement de divorce, pour mettre un parent sous tutelle, pour qu’une peine soit amenée à être exécutée ou qu’un jugement soit rendu sur une affaire criminelle. « La justice est lente », Émilie s’en désole mais elle explique qu’« on ne peut plus absorber les dossiers, on travaille déjà dans l’urgence ».
Céline Parisot dresse le même constat, ce traitement de la justice et des justiciables pour elle et ses collègues « Ce ne sont pas des conditions d’exercice acceptable de [leurs] missions ». En effet, les juges d’instructions ne peuvent consacrer que 2 jours aux dossiers criminels (viol, meurtre, vols, etc) et 7 minutes aux justiciables en audience civile. Par ailleurs, l’urgence est telle que les magistrats « n’ont plus le temps de se plonger dans les nouveaux textes de lois » ainsi ils ne sont « jamais sûr d’appliquer quelque chose à jour » lors d’un jugement. Ces professionnels de la justice ont donc l’impression de bâcler leur travail et de perdre la confiance des justiciables.
« La justice ce n’est pas en quinquennat qu’on peut la réparer »
Pour Céline Parisot avec le ministre de la Justice actuel, Eric Dupont-Moretti, il n’y a « pas de dialogue » ce qui les pousse à la mobilisation, mais « quel que soit le temps politique » ils ont toujours eu « une écoute restreinte ». Et, la situation actuelle ne dépend pas que du ministre de la Justice mais aussi de celui de l’Économie et des Finances. C’est pourquoi le rassemblement était donné à Bercy à Paris. En effet, ce que demande le monde de la justice est une augmentation des effectifs de greffiers, juges et procureurs, à hauteur de 40%. Pour cela, ils souhaitent une « loi de programmation pour la justice sur 10 ans » car « ce n’est pas en quinquennat qu’on peut la
réparer ».
De son côté, Eric Dupont-Moretti parlait d’une « instrumentalisation dans un contexte pré-électoral au micro de France inter et estimé avoir « réparé l’urgence ». Il démontrait ainsi, en conférence de presse ce lundi 12 décembre, une augmentation de 8,85% de magistrats et 9 % de budget pour la justice entre 2017 et 2021. Seulement ce budget a en réalité baissé de 2% entre 2016 et 2021. De plus le niveau d’emploi est bien en deçà de la médiane européenne et, au rythme de 400 créations de postes tous les 5 ans il faudrait environ 125 ans pour l’atteindre, d’après le syndicat de la magistrature.
Le 16/12/2021, par Andrea Oliveira



Commentaires