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“Caledonia” : un film entre mythes et réalités

  • Photo du rédacteur: Equipe du Nanterre Express
    Equipe du Nanterre Express
  • 2 janv. 2023
  • 3 min de lecture

La Nouvelle Calédonie, c’est une histoire particulière, ponctuée de légendes et de colonialisme. Plutôt méconnue du monde occidental et souvent oubliée de nos manuels d’histoire - comme la plupart des “anciennes” colonies françaises -, l’île fait l’objet d’une fable quant à sa “découverte” par les européens. “Caledonia” revient sur cette histoire si spéciale et nous donne des clés pour déconstruire un mythe.



Projection du film en présence du réalisateur au Centre Pompidou


“Ce film, je l’ai fait pour décoloniser les gens comme moi”


Nous sommes le 15 décembre, assis.es dans une des salles de projection de la BPI, quand Geoffrey Lachassagne, le réalisateur, arrive pour nous présenter son film.


Lui, c’est un français de métropole. Il a vécu toute son adolescence sur l’île de Wallis et Futuna et, il le dit lui-même, lui et sa famille sont arrivés avec l’idée d’amener la “lumière de la civilisation” - en tant que bons colons. Alors, le temps et l’éducation font leur travail : de fil en aiguille, Geoffrey se détache de ses prénotions, de sa vision colonialiste.


Son film “Caledonia” s’annonce comme une rencontre entre son métier, son mariage, en partageant sa vie avec une calédonienne, et quelque part, sa propre vie - en témoigne cette phrase : “Ce film, je l’ai fait pour décoloniser les gens comme moi”. Son ambition, sortir de l’histoire officielle, celle qui donne son nom à la Nouvelle Calédonie. Charlotte Desfontaine, du clan des Bwaxivi Ma Whaap, présente ce soir-là, nous illustre le travail de Geoffrey comme un recoupage de ce qu’il s’est passé, entre vérité et légende du clan qui se transmet de génération en génération.




Une vérité à rétablir


L’Histoire raconte que le cartographe James Cook et son équipage échouent en 1776 sur une plage, où ils sont accueillis par le clan(1) des Bwaxivi. Instantanément frappé par la ressemblance avec sa chère Ecosse natale, il baptise alors cette île la “Nouvelle-Calédonie”. Cette légende, enseignée à l’école depuis la colonisation française (1853), prospère encore aujourd’hui chez les kanak(2) eux-mêmes.


Proclamation du gouvernement provisoire kanak - image d'archive, 1984

Tout le long du film, on se laisse embarquer par des images somptueuses de la nature, mélangeant les paysages sauvages d’Ecosse et de Nouvelle-Calédonie. Le fond musical de la contrebasse apaise le tout, tandis que le récit du journal de James Cook guide le cours du long métrage. Geoffrey Lachassagne fait le choix d’intégrer des plans de la vie quotidienne du clan des Bwaxivi, menée par le vieille Scolastique, mais aussi des archives de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie au XXe siècle.


Au bout d’une heure, le dénouement arrive enfin : James Cook ne donnera le nom de “Nouvelle-Calédonie” qu’à son départ. Pourquoi ? Parce que l’accueil qu’il reçoit sur place, de la part du clan des Bwaxivi, est digne d’un peuple “civilisé”, d’une “vraie” civilisation indépendante - comme l’Ecosse. Charlotte nous précise : “[James Cook] a vu un peuple qui était autonome, souverain, avec une vraie civilisation installée. Il n’a pas pris possession.




Si “Caledonia” tente de rétablir une vérité trop souvent déformée, il redore également l’image du clan des Bwaxivi. Trop souvent considérés par les autres clans comme des “vendus” auprès des français lors de la colonisation, ce film leur redonne une sorte de légitimité.



(1) : on préfèrera le terme de “clan” - tel qu’il est employé en Nouvelle-Calédonie - au terme de tribu

(2) : les kanaks sont le peuple indigène de l’île



Le 24/12/2022, par Mélissa El Maalouly



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